La société liquide
Les cimetières sont remplis de sociétés qui n’ont pas compris les règles du jeu.
Alex Danco, A16Z le 10 octobre 2025
La prédiction est un concept aussi significatif que le modernisme et le postmodernisme. C’est le nouveau cadre de pensée qui définit notre génération, et nous ferions mieux de le comprendre:
Le postmodernisme explique pourquoi nous avons construit les entreprises comme nous le faisons actuellement :
pourquoi nous traitons l’innovation comme un « capital à risque »,
pourquoi nous adoptons le modèle de service « front end / back end »,
et d’autres thèmes si omniprésents qu’ils en deviennent invisibles.
La « prédiction » représente une rupture nette avec le postmodernisme. C’est ce qui vient ensuite.
Il est difficile, sur le moment, de distinguer si l’on observe le début de quelque chose ou sa fin. Beaucoup d’artefacts précoces de l’IA que nous considérons comme « l’avenir » sont en réalité la forme finale de l’ancienne chose, rendue parfaitement à leur moment d’obsolescence.
Toute création de valeur repose désormais sur la prédiction.
Les marchés de prédiction nous offrent une unité que nous pouvons comprendre, à l’image de la manière dont les brevets représentaient le progrès il y a un siècle, en organisant notre ambition et en symbolisant un enjeu dans le système.
La prédiction nous aide à nous libérer du malaise postmoderne et nous donne un nouveau but dans le monde : nous créons de l’ordre dans l’univers en contribuant de l’information.
Cet article est passionnant et je vous en recommande la lecture. Alex Danco estime que le monde est en train de changer d’idéologie, de récit partagé, de vision, de faire la transition entre le mouvement postmoderniste qu’on peut dater de la fin de la deuxième guerre mondiale et celui qu’il appelle l’ère de la prediction. Ces récits successifs (prémodernisme, modernisme, postmodernisme…) sont appelés des mouvements car ils façonnent profondément la culture, la politique, l’art et l’économie, ils sont notre contexte. S’il y a changement d’époque, il est grand temps de s’y intéresser pour en être un acteur plus éclairé.
Chronologie des grands mouvements
On peut situer trois grands mouvements depuis la Renaissance: prémoderniste (XVIème, milieu du XIXème) , moderniste (fin XIXème, 2eme guerre mondiale) et postmoderniste (1945-2020s). Ces mouvements sont impulsés par une rupture technologique, rationalisés par des intellectuels, traduits par les artistes, suivis par les populations, entretenus par les pouvoirs dominant autour d’une valeur centrale, jusqu’à ce qu’une fatigue finale s’empare des populations permettant un changement de récit à l’occasion d’une nouvelle rupture technologique.
Le mouvement prémoderniste
Les technologies qui l’ont fait naître sont l’imprimerie, la navigation et l’astronomie. Elles confirment et révèlent un ordre du monde figé qui obéit à des lois mathématiques. Les intellectuels de cette époque sont Copernic, Kepler, Galilée, Newton, Descartes…suivis par les philosophes des lumières. Les artistes imitent la nature et respectent son ordre en adoptant des canons (règles de proportion, de beauté, de convenance): ils s’appellent Poussin, Racine, Lully (classiques), Rubins, le Bernin, Bach (baroques), David, Canova (néo-classiques), Delacroix, Beethoven, Biron (romantiques), Courbet, Flaubert (réalistes). Les pouvoirs en place (début des Etats-Nations) entretiennent ce récit qui les conforte dans leur stabilité (ordre voulu par Dieu). Les populations suivent… jusqu’à ce qu’elles se rebiffent, manifestant leur fatigue par rapport à cet ordre de droit divin. La Révolution Française en est un témoin. L’ordre reste le récit, faute de technologie majeure, mais Dieu y est remplacé par la Raison. C’est la révolution industrielle qui va faire entrer progressivement notre civilisation dans une nouvelle ère.
Le mouvement moderniste
La révolution industrielle s’est étendue sur un siècle et demi, parsemée d’inventions majeures comme:
-le moteur à vapeur de James Watt (1769)
-le procédé acier Bessemer (1856)
-l’ampoule électrique d’Edison (1879)
-le moteur à explosion de Karl Benz (1885)
-la chaîne de montage industrielle d’Henry Ford (1913)
Les avancées qui en découlent (multiplication de la force humaine, infrastructures et structures modernes, éclairage, mobilité, organisation du travail…) vont changer le récit dominant qui va s’articuler autour du progrès inévitable et non plus autour de l’ordre figé précédent. Les intellectuels de cette époque (fin XIXème, années 40) sont des ingénieurs, économistes ou sociologues qui voient dans la technique un ordre nouveau, un principe d’organisation du monde: Auguste Comte, Karl Marx, Émile Durkheim, Saint-Simon, Max Weber, Frederick Taylor. Les artistes emboîtent le pas: en peinture, les impressionnistes analysent le réel plutôt qu’ils ne le reproduisent, les cubistes mettent en forme la vision géométrique du monde, les futuristes exaltent la mécanique moderne, etc. En architecture, la forme devient la fonction (Bauhaus), la ville est planifiée (Le Corbusier), le design devient industriel (les gratte-ciels de Chicago…). Dans la littérature, on démonte et reconstruit le réel (Proust, James Joyce…). Enfin le musique crée un espace autonome, abstrait organisé comme une machine (Debussy, Stravinsky, Bartok…) Le cinéma, nouvelle forme d’art, n’est pas en reste avec Les Temps Modernes de Charlie Chaplin ou Métropolis de Fritz Lang.
Les pouvoirs publics comprennent l’intérêt de s’approprier le progrès pour se renforcer. Ils en deviennent le chef d’orchestre organisant les expositions universelles, édifiant de grands monuments à la gloire du progrès (Tour Eiffel), planifiant la construction des villes et d’infrastructures. L’expression la plus aboutie de cette appropriation est l’industrie de l’armement qui devient l’objet d’une course provoquant deux guerres mondiales. L’industrie est devenue un système rationnel de production de cadavres. Il s’ensuit une grande fatigue de la population et le rejet de la foi dans un progrès linéaire. C’est ainsi que naît l’ère postmoderniste. Elle attend juste sa rupture technologique.
Le mouvement postmoderniste
Ce mouvement réfute l’idée d’une vérité objective qui aurait un monopole sur le réel. Le récit moderniste construit autour du progrès n’en est qu’un parmi tant d’autres, un récit qui a créé des abus de pouvoir dramatiques du fait de son caractère monopolistique. La vérité est au contraire multiple, contextuelle et relative, le monde est une représentation combinatoire à disposition de l’individu. Le signe est roi. Le progrès n’est plus, vive l’innovation qui va dans tous les sens et peut terminer à zéro d’où l’importance de la combinatoire dans le fonds de « private equity ».
Les trois ruptures technologiques ayant permis ce changement d’idéologie sont la télévision, l’informatique et les réseaux de communications. La télévision fait basculer la société dans la représentation continue. L’informatique transforme le monde en données numériques: le symbole remplace le réel. Enfin le réseau (Arpanet puis internet) efface l’espace physique.
Le mouvement a été impulsé par de nombreux intellectuels d’après-guerre qui ont cherché à déconstruire le récit moderniste et ses abus, en mettant en avant l’importance des signes. Parmi les plus célèbres on peut citer Michel Foucault, Jacques Derrida, Jean Baudrillard, Gilles Deleuze, Roland Barthes ou Umberto Eco. Dans le courant des années 2000, le mouvement est devenu plus agressif s’étendant aux études de genres (Judith Butler), à la critique post-coloniale (Edward Said) et à la philosophie du numérique (Baudrillard). Les artistes ont emboîté le pas avec par exemple Andy Warhol qui valorise la représentation, l’image publicitaire (Campbell’s Soup); Kraftwerk qui fait du remix ou Tarantino qui colle différents genres de cinéma sans héros, ni morale.
Les pouvoirs publics ont largement adopté l'anti-récit post-moderniste et s’en servent allègrement pour se maintenir: la politique est devenue communication, art de se mettre en scène, le gouvernement se faisant par le discours. La réalité est représentée par des métriques (PIB, déficit, etc.) que l’homme politique combine au mieux pour justifier son discours. Enfin le pouvoir s’exerce par le réseau. Donald Trump l’a bien compris, ayant même créé son propre réseau social.
L’évolution de la vision capitaliste
Le capitalisme de l’ère moderniste était orienté production, la machine était exaltée. L’Etat participait à son développement par la commande et les concessions (canaux, chemins de fer), l’éducation (Ecole Polytechnique, financement universitaire aux États-Unis), les subventions, éventuellement la planification industrielle (France, Japon…) et les brevets. Le mouvement post-moderniste a fissuré ce capitalisme. Les États sont devenus progressivement moins interventionnistes dans l’innovation, qui est de devenue une affaire purement privée, à gérer comme un panier d’opportunités /risque. Les entreprises se sont adaptées aux besoins du consommateur. Elles ont vite compris que le produit compte moins que ce qu’il évoque. Les entreprises doivent vendre du récit: les performances du produit sont une condition nécessaire pour le vendre mais pas suffisante. Nike vend le héros sportif , Starbucks une convivialité, Tesla du futurisme, Apple de la perfection, etc. La complexité au lieu d’être exaltée est cachée: ce qui compte est l’expérience, le signe que nous renvoie le produit à nous même. Cela a des conséquences économiques majeures: l’industrie doit être cachée loin du consommateur et c’est ainsi qu’elle finit par se concentrer en Chine, avec les dépendances que cela crée. De même, l’industrie informatique se structure pour masquer la complexité. Les usines à données sont loin du consommateur, dans des centres de données gérés par AWS, Azure ou Google Cloud. L’interface (UI) est tout ce qui compte et dans cette interface (les applications logicielles) s'opère une personnalisation maximum grâce à des GPUs décentralisés. Combien de sociétés SAAS ont été créées dans les années 2010 pour exploiter cette tendance: c’est le nouveau visage de l’innovation. Le rôle de la population dans ce mouvement a changé: alors qu’elle participait au progrès dans l’ère précédente (le progrès étant une oeuvre collective), elle choisit maintenant sa représentation, la consomme. Le paroxysme du mouvement post-moderniste est un individualisme à outrance qui finit par rendre triste et par créer une grande fatigue. C’est pourquoi, Alex Danco l’explique bien dans son article, il ne faut pas se méprendre sur les effets de l’IA. Ceux qu’on perçoit aujourd’hui comme néfastes (solitude de l’individualisme) sont peut être le dernier avatar du post-modernisme mais aussi le catalyseur d’une nouvelle ère, cette fois plus collective… Voici un tableau résumé des trois époques:
L’ère de la prédiction
Les prémices de cette ère sont déjà là avec la montée en puissance des réseaux sociaux qui ont mis à disposition une facilité de prévoir: les likes, les memes qui nécessitent de dire le bon mot au bon moment. Ces mêmes réseaux ont orchestré les attentes pour un produit, différant l’idée de consommation immédiate propre à l’ère postmoderniste (fluidité=absence de friction). On apprend à anticiper l’achat, le “teasing” agressif est la loi, amplifié par les réseaux sociaux. En voici une illustration parfaite avec la date de sortie de Gemini 3, dont fait mystère Sundar Pichai, CEO d’Alphabet:
La prédiction sur le produit en devient un attribut. Cependant, la technologie qui fait basculer dans le changement d’ère est l’IA générative.
Jusqu’à l’arrivée sur la scène publique de ChatGPT (fin 2022), l’IA était cachée, faisait partie de la complexité (comme le cloud) et servait à améliorer l’interface, la représentation. Elle était le parfait outil de l’époque post-moderne, axée sur le signe et la combinatoire. L’IA servait à trier, classer, recommander, corriger, optimiser pour rendre l’expérience numérique fluide, agréable et individualisée. On peut citer par exemple les algorithmes de recommandation (YouTube, Netflix, Spotify…), les systèmes publicitaires (Google, Meta…), enfin les IA de correction grammaticale. L’IA organisait les représentations du monde, sans jamais se présenter comme sujet.
Avec ChatGPT, l’IA ne sert plus à améliorer l’interface mais devient l’interface. L’utilisateur co-crée avec l’IA une prédiction. Son prompt doit être le plus précis possible pour augmenter la probabilité d’une bonne réponse. La réponse du modèle est en effet une probabilité qu’il convient d’évaluer. L’utilisateur devient acteur et doit lui-même prédire, l’IA étant présentée comme un copilote (Microsoft). L’IA générative nous oblige à devenir un “homo predictus” pondérant les probabilités, modifiant les prompts, à sortir de notre état d’utilisateur (typique du mouvement postmoderniste) pour devenir acteur dans un nouveau jeu, généralisé, de prédiction. Au fur et à mesure que l’IA générative se répand, l’homme n’a plus le choix que de participer à ce grand jeu qui le valorise au passage, le faisant sortir de sa fatigue postmoderniste. Rappel du chiffre d’affaires d’OpenAI passé et anticipé:
Tension avec l’intelligence super-humaine
Certes plus l’intelligence artificielle générative va s’améliorer, plus son taux d’hallucinations va baisser et moins sera nécessaire l’intervention humaine pour la contrôler. Dès lors, fini le grand jeu ? L’homme sera-t-il relégué à son ancien rôle d’utilisateur ? Je ne pense pas, car l’éthos prédictif aura suffisamment imprégné l’époque pour qu’il la définisse et qu’il cherche à s’exprimer ailleurs, là où le modèle est en défaut. Pour le comprendre, prenons l’exemple de l’industrie musicale: les progrès du numérique ont permis de rendre accessible n’importe quel morceau sur des appareils multiples (Airpods, Echo Dot, HomePod, etc.) à des prix très bas. Pourtant cette abondance n’a pas tué l’expérience vivante, en direct. Les concerts sont extrêmement demandés, les artistes monétisant leur travail avec eux, et les prix montent sans cesse. L’abondance créée par l’internet (copie multipliée à l’infini) pousse à aimer la rareté, plus humaine. Il en ira de même, d’après moi, pour l’intelligence artificielle: elle rend l’intelligence abondante mais va pousser à rechercher ce que l’IA n’est pas bonne à prévoir. Alex Danco cite Matthew Prince, le CEO de Cloudflare:
Désormais, la façon dont on gagnera de l’argent sur Internet sera d’écrire des choses que l’intelligence artificielle ne connaît pas encore.
L’intelligence humaine se valorisera dans la production d’informations nouvelles non encore intégrées dans les modèles d’IA. L’homme est capable de rupture, il crée du sens, des objectifs, il est la variable instable, le bruit, impossible à réellement prédire par le modèle. C’est lui au contraire qui va cadrer le modèle rendant la prédiction opérante. Il y aura certes le 0,01 % des gens capables de construire les modèles, et les faire évoluer, les Elon Musk et Mark Zuckerberg mais il y aura également les 99,99 % qui utiliseront leur intelligence de situation, incarnée, pour perturber (artistes), tester (scientifiques) et influencer (traders) ces modèles. Les 0,01 % fixent les cadres, les 99,99% les utilisent pour investir avant les autres (cryptos, bourses), faire monter les like (réseaux sociaux), prévoir leurs performances physiques (Strava), etc.
Le développement des marchés de paris
Un marché, en général, est un système d’anticipation collectif : chaque transaction est une prédiction incarnée — sur un prix, un projet, un comportement humain. Le marché intègre l’IA mais l’IA ne peut intégrer le marché car ce dernier constitue un système auto adaptatif qui la dépasse. L’IA en est un acteur parmi d’autres. C’est pourquoi le modèle économique de l’ère de la prédiction est le marché, plus large que l’IA. Le marché concernera progressivement tous les pans du monde matériel, lequel deviendra objet de prédiction. La bourse, avatar du mouvement moderniste, est dépassée. On en a déjà un premier avant goût avec le développement spectaculaire des marchés de paris: Polymarket et Kalshi:
Polymarket a été créé en 2020 par Shayne Coplan et est incorporée à New York. Le site internet permet de parier sur des événements extrêmement variés limités dans le temps, comme le montre sa page principale:
Les paris sont matérialisés par des token (un token pour le oui, un token pour le non) résidant sur la plateforme Polygon dont la clé privée est conservée dans les “wallets” des parieurs. La valeur du oui et du non varie jusqu’à l’échéance. Polymarket cherche actuellement des fonds sur la base d’une valorisation supérieure à $10 milliards, ce qui montre son succès. Polymarket, opérant sur la blockchain, n’est pas réglementée par la CFTC et subit quelques blocages notamment dans l’Union Européenne.
Kalshi est aussi un site de pari mais plus ancien, réglementé par la CFTC et géré à l’ancienne (sans blockchain, sur une base de données interne). La société date de 2018 et a été fondée par un ancien de Goldman Sachs. L’interface ressemble beaucoup à celle de Polymarket. Kalshi a des objectifs de croissance très agressifs:
Il devance Polymarket en terme de transactions, pourtant ce dernier se valorise beaucoup plus cher (10 fois plus), malgré un accord de distribution avec Google Finance pour le premier. Pourquoi? La réponse est que Polymarket préfigure le futur: une liquidité globale 24/7 étendant le nombre de parieurs possibles, la fiabilité de la prévision et la valeur des token, une capacité de branchement sans contraintes d’interfaces applicatives commercialisables (permettant d’estimer les probabilités), une confiance plus marquée dans une blockchain publique qu’une base de données privée. Polymarket peut simplement avoir un effet d’échelle sans commune mesure avec un Kalshi corseté par les réglementations nationales. Il est parfaitement représentatif de la nouvelle ère de la prédiction.
Cryptos tous azimuts
Parier sur un événement est insuffisant, car limité dans le temps. Avec les cryptos, tout devient liquéfiable sans limite de temps, ce qui élargit considérablement le champ de la prédiction. Le temps et l’espace sont uniques et leur valeur anticipée ne peut être rendue par un actif reproductible à l’envi comme un ensemble de données numériques. En revanche les cryptos ont un nombre de jetons limité et peuvent représenter de manière certifiée les anticipations sur n’importe quel espace physique ou temporel. On peut imaginer de « tokenizer » les actions cotées mais pourquoi pas aussi le non coté, l’immobilier, le mobilier ou que sais-je encore. Ces actifs deviennent des paris permanents 24/7 accessibles du monde entier et exécutables par « smart contrat » gravé dans le code. L’homo predictus agit partout et tout le temps. Le risque semble-t-il est de créer un casino géant, un terrain de divertissement mondial qui finisse par oublier toute notion de bien commun. Ce que fera l’homme de ces technologies en décidera. La crypto peut par exemple être un soutien puissant à la recherche scientifique:
-Traditionnellement, la science fonctionne sur un modèle de publication et réputation (revues, pairs, citations…). Ce fonctionnement est lent, hiérarchique, soumis à censure, donc emprunt d’un certain conformisme.
-Avec trois smart contrats, on peut ré-imaginer le processus. Un contrat pose une question à la façon de Polymarket (ex: le vaccin X réduira de 30% la maladie Y avant 2028). Il y a un token oui et un token non dont les valeurs sont définies par le marché. Un deuxième contrat attend la preuve du résultat et déclare après vrai ou faux (preuve envoyée par API). Enfin un troisième distribue automatiquement les gains. Trois petits contrats (mises, oracle, règlement) peuvent redéfinir la recherche scientifique. Ces contrats existent déjà sur Polymarket, Augur et Omen mais ceux qui concernent la recherche scientifique ont encore de petits volumes.
On peut d’ores et déjà anticiper certains développements si le mouvement prédictif se renforce:
-la profession de gestionnaire de portefeuille sera décimée, soumise à une concurrence féroce de tout un chacun. La bourse paraîtra un marché étriqué dans un monde liquéfié. Le gérant sera remplacé par l’influenceur sur X. La menace des ETFs paraîtra pâle. La comparaison est la profession de journaliste abîmée par la concurrence des blogs et réseaux sociaux.
-le rapport à la machine va changer. Pendant le mouvement moderniste, la machine amplifiait, pendant le mouvement post-moderniste, elle était en arrière plan, elle sera maintenant en partenariat. La délocalisation ne sera plus requise. Au contraire avoir son outil près de soi permet d’aller plus vite et dans l’ère de la prédiction, tout est timing.
-l’innovation n’est plus la production, ni la représentation mais l’amélioration continue de la capacité à anticiper le réel (réduction du risque). Le cœur des usines/machines seront les modèles de prédiction (cf FSD 14 ou robot Optimus de Tesla). Optimus, optimisation: même racine.
-Enfin dans cette société liquide, le politique disparait au profit de l’économique qui remplit l’espace culturel. La confiance est dans le code qui ne connait pas de frontières et non plus dans la monnaie et les règles d’un Etat-Nation. On imagine facilement les tensions qui pourront en résulter. Les États chercheront-ils à s’adapter à l’époque ou essaieront-ils de la contrecarrer ? Le livre n’est pas encore écrit…
Bonne semaine,
Hervé






